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Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

L'Atlas social de la métropole nantaise : le projet

par François Madoré et Jean Rivière

introduction publiée le 08 janvier 2020

L'Atlas social de la métropole nantaise est un projet collaboratif des sciences sociales (géographes, sociologues, architectes et urbanistes, historiens...) d'édition électronique d'une collection de planches qui visent à éclairer les réalités sociales qui traversent la métropole nantaise.

Introduction

1En mobilisant les outils des sciences sociales et en particulier la cartographie, cet atlas rassemble des éclairages scientifiques sur les réalités sociales qui traversent la métropole nantaise. Sans aucune volonté ni prétention à l’exhaustivité, il s’agit de tenter de documenter les processus d’urbanisation, les caractéristiques du parc de logement, les dynamiques démographiques, les hiérarchies sociales et leurs inscriptions urbaines, les problématiques de transports, les conflits d’aménagement et d’urbanisme, les enjeux éducatifs ou culturels, etc. Par-delà la diversité de ces quelques exemples d’entrées thématiques, un fil conducteur de cet « atlas social » tient dans sa volonté d’interroger la dimension spatiale des inégalités sociales dans les mondes urbains. Autrement dit, il s’agit de tenter de mettre au jour les logiques sociales qui permettent de comprendre les structures d’organisation de l’espace urbain et métropolitain. En cela, cet atlas entend s’inscrire dans la filiation de travaux antérieurs construits depuis différentes traditions disciplinaires (géographie1, architecture et urbanisme2, sociologie3) pour analyser les dynamiques sociales et urbaines nantaises. Mais à l’image d’un précédent atlas4 qui cherchait déjà à croiser les regards des géographes et des sociologues, ce projet tente de dépasser les cloisonnements disciplinaires dans le champ des études urbaines.

Observer "au-delà de la ville attactive"

2Cette courte introduction est l’occasion d’expliciter le sous-titre de l’atlas. À partir du cas nantais, il indique la volonté d’interroger quelques-uns des effets, en matière de géographie et de sociologie urbaines, des politiques d’attractivité qui président assez largement aux principes de l’action publique locale dans les grandes métropoles françaises depuis deux décennies. Le terme « au-delà » doit par ailleurs être entendu dans une double acception. D’une part, il s’agit de tenter d’aller au-delà de la surface des choses directement observable par tout un chacun·e, au-delà de la singularité des cas pour dévoiler des logiques structurelles, bref au-delà des évidences et du sens commun qui doivent être déconstruits par les sciences sociales. D’autre part, il s’agit de regarder au-delà de la ville dense, à l’échelle de laquelle ont longtemps été pensées les géographies et les sociologies urbaines, en « passant le périph’ » en somme. L’atlas va donc au-delà des frontières administratives de la ville de Nantes, et au-delà des limites politiques de Nantes Métropole qui ne recouvrent que partiellement la réalité de ce qu’est la métropole nantaise (figure 1). Au fil des planches et selon les caractéristiques des objets traités, l’atlas fait donc varier la focale d’analyse jusqu’au périmètre de l’aire urbaine telle qu’elle est définie par l’INSEE. Ces planches privilégient systématiquement l’échelle d’analyse la plus précise, en particulier la maille intra-urbaine de diffusion de l’information statistique qu’est l’IRIS pour les données issues de la statistique publique.

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Mobiliser des matériaux de toutes sortes pour comprendre la métropole

3Les sources mobilisées dans le cadre de cet atlas sont variées, avec des cartographies s’appuyant sur des indicateurs tirés des recensements de la population de l’INSEE qui sont classiques dans les études urbaines (tranches d’âges, catégories socioprofessionnelles, statuts d’occupation des logements...), mais aussi quantité d’autres qui s’appuient sur des données issues par exemple de la Direction Générale des Impôts pour les revenus des ménages, de la Caisse d’Assurance Familiale pour les bénéficiaires couverts par différentes allocations sociales, du Ministère de l’Intérieur pour les résultats électoraux à l’échelle des bureaux de vote, ou plus largement des services de Nantes Métropole dont les données sont de plus en plus accessibles en open-data. Le développement des outils numériques permet également de dresser des géographies originales à partir de données recueillies sur des plates-formes (BlaBlaCar, Airbnb...) dont le développement récent participe à transformer les mondes urbains contemporains. D’autres planches se fondent sur des enquêtes de terrain qualitatives, indispensables pour comprendre les facettes – heureusement nombreuses – de la société qui ne sont pas couvertes par les appareils statistiques institutionnels. Il s’agit donc, en somme, de proposer des sciences sociales ancrées dans le réel et qui portent pour partie sur des objets du quotidien, des objets certes ordinaires mais pourtant décisifs dans la compréhension des sociétés métropolitaines.

Proposer un contenu accessible et ouvert

4Si ces analyses obéissent aux canons de la recherche universitaire, l’atlas est un recueil de planches qui restituent les résultats de ces recherches sous une forme concise (donc nécessairement simplifiée) avec une écriture qui se veut la plus simple possible tout en restant rigoureuse. Les développements méthodologiques y sont donc réduits au strict minimum pour que les résultats soient accessibles au plus grand nombre, et pas seulement à un public académique5. Chaque planche propose des pistes de lectures pour aller plus loin. Enfin et bien que ses toutes premières planches paraissent dans le contexte particulier des scrutins municipaux de 2020 – dont les campagnes constituent un temps social propice au débat public local autour des questions d’aménagement et d’urbanisme – c’est bien grâce aux outils méthodologiques et au travail de distanciation des sciences sociales que cet atlas se propose de documenter quelques dimensions des réalités sociales de la métropole nantaise. Ce projet collectif se poursuivra bien au-delà de ces échéances et jusqu’en 2021, date à laquelle l’ensemble des planches prévues au sommaire seront parues.

Contribuer au projet

5Pensé comme un projet interdisciplinaire ouvert, il est possible de proposer spontanément des contributions universitaires à l’atlas social de la métropole nantaise, en prenant contact pour cela avec l’équipe éditoriale. Toutes les propositions doivent comprendre un chapeau introductif de 500 signes, un texte de 5000 signes (espaces compris), une carte ou un croquis, ainsi qu’un matériel d’accompagnement permettant de décrire la géographie sociale de la ville (photographies, tableaux, graphiques, vidéos, extraits sonores localisés, etc.). L’équipe éditoriale examinera ces propositions et informera les auteurs de leur acceptation ou non.

Notes

1 Garat I., Pottier P., Guineberteau T., Jousseaume V., Madoré F., Nantes : De la belle endormie au nouvel Eden de l'Ouest, Paris, Economica, 2005. <https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00006856>

2 Devisme L., Barthel P.-A., Dumont M., Nantes, petite et grande fabrique urbaine, Paris, Éditions Parenthèses, 2009. <https://www.editionsparentheses.com/nantes>

3 Cartier M., Masson P., Le Saout R., Retière J.-N., Suteau M., Sociologie de Nantes, Paris, La Découverte, 2013. <https://www.cairn.info/sociologie-de-nantes--9782707170088.htm#>

4 Bigoteau M., Garat I., Moreau G., Les jeunes dans la ville. Atlas social de Nantes-Métropole, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009. <https://books.openedition.org/pur/34378?lang=fr>

5 Voir par exemple l’atlas interdisciplinaire portant sur la ville d’Athènes : https://www.athenssocialatlas.gr/fr/ ou encore la collection « Atlas Mégapoles » d’Autrement qui propose des atlas de villes-capitales (Paris, New-York, Mexico, Shangaï…).