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Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

Déambulations autour des cinémas dans le périurbain nantais

par Florie Colin et Ronan Keroullé

planche publiée le 11 mars 2021

Aller au cinéma n’est pas une pratique culturelle qui se limite aux centres des métropoles, contrairement à ce que certains discours stéréotypés laissent parfois croire. Elle est également fréquente au cœur des petites villes françaises. Entre projets de multisalles ou mono-écrans, et cinémas situés dans un bourg ou une zone commerciale périphérique, les spatialités et les pratiques sont variées. Des déambulations ont permis de partir en quête de l’espace fabriqué par le cinéma dans le périurbain nantais.

Une offre cinématographique fortement concentrée dans l’agglomération nantaise et quelques rares communes périurbaines

1 L’aire urbaine de Nantes offre 25 cinémas. Huit proposent une offre commerciale et dix-sept sont associatifs (dont quinze classés Art et Essai par le Centre National du Cinéma et de l’image animée). Parmi ces derniers, quatorze appartiennent au réseau SCALA (Salles de Cinéma Associatives de Loire-Atlantique), mission confiée depuis 2006 au Cinématographe, cinéma associatif nantais : ce réseau a pour objectif de renforcer les liens entre les différentes salles. Ces cinémas, indépendants dans leur programmation, projettent quotidiennement un ou plusieurs films. Ils sont essentiellement gérés par des bénévoles, même si, parfois, un salarié complète l’équipe.

2L’offre cinématographique est répartie de manière inégale dans l’aire urbaine nantaise. On trouve une très forte sur-représentation de cinémas dans l’agglomération au détriment du périurbain (figure 1). En effet, l’offre commerciale et ses multiplexes est concentrée dans l’agglomération nantaise, contrairement à l’offre associative, généralement associée à des mono-écrans, qui est plus dispersée. Cette dernière innerve à la fois le pôle urbain et quelques communes périurbaines. Des polarités culturelles périurbaines apparaissent alors, représentées ici par le cinéma qui complète l’offre proposée par ailleurs, notamment par les médiathèques.

Figure 1 - Une offre cinématographique au-delà de la Métropole nantaise

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3Prenons deux exemples qui appartiennent au réseau de la mission SCALA : le Saint-Laurent à Blain et Le Nozek à Nozay, cinémas situés dans deux communes périurbaines au nord de Nantes et peuplées respectivement de 9 873 et 4 173 habitants (Insee, 2017).

Le cinéma et ses abords

4 Des personnes se rendent au cinéma ou ne font que passer devant ; certaines observent ou commentent les films à l’affiche et les horaires ; quelques-unes reviennent de leurs courses ou parlent de celles qu’elles feront le lendemain ; d’autres se saluent à la sortie d’une séance ; bref, les scènes qui se déroulent sous nos yeux ce jour-là, le mercredi 9 octobre 2019, devant le Cinéma Saint-Laurent à Blain (figure 2) n’ont rien d’ extraordinaire. Ces pratiques, d’apparence anodine, sont en réalité précieuses : ce sont elles et les récits qu’elles engendrent qui contribuent à faire exister l’espace du cinéma. Ici, la façade colorée du Saint-Laurent, son parvis récemment aménagé et sa proximité avec la place centrale de la commune sont autant d’éléments qui permettent d’expliquer l’importance de la salle de cinéma dans le quotidien des Blinois. En dehors des séances, le cinéma continue d’exister et n’est pas qu’un simple bâtiment dans lequel sont projetés des films.

Figure 2 - Le Saint-Laurent, un cinéma de centre-bourg fréquenté quotidiennement

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5Ce même jour, la situation observée à Nozay contraste avec celle de Blain. En effet, nous trouvons une porte d’entrée fermée, sur laquelle quelques affiches sont accrochées ; nous ne voyons aucun passant ; nous flânons sur un parking quasiment inoccupé. L’une des raisons de ce peu de pratiques observées est peut-être l’emplacement de la salle de cinéma dans la commune, plus à l’écart du centre mais aussi de la rue, le cinéma étant niché au fond d’une parcelle (figure 3). Si l’on observait uniquement les abords du cinéma Le Nozek, on pourrait en conclure qu’il ne parvient pas à fabriquer un réel espace et à exister dans le quotidien des Nozéens, étant simplement un bâtiment en retrait. C’est néanmoins loin d’être le cas.

Figure 3 - Le Nozek, un cinéma en retrait de la rue principale

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Des indices du cinéma dispersés dans la ville

6L’omniprésence des panneaux indiquant la direction du cinéma est particulièrement frappante à Nozay (figure 4). À presque tous les carrefours, dès l’entrée dans la ville, la salle du Nozek est indiquée, et dans le centre de la commune, le programme est affiché sur plusieurs vitrines. Ces éléments déclenchent souvent des discussions sur les horaires d’un film, sur la programmation du cinéma, ou autour des souvenirs d’une séance passée. De la même manière que le permet une implantation géographique dans le tissu du centre-bourg ou une façade particulièrement identifiable (des éléments dont le cinéma de Nozay ne profite pas, contrairement à celui de Blain), ces panneaux et affiches, indices et traces du cinéma dans la ville, permettent de déclencher des récits qui transforment le cinéma en véritable lieu de vie quotidien.

Figure 4 - Une signalisation qui fait exister le cinéma dans la commune de Nozay

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7Finalement, parmi ces 25 cinémas de l’aire urbaine nantaise, de forts contrastes spatiaux et temporels existent. Les équipements culturels, dont le cinéma est un bon marqueur dans ces territoires périurbains, ne sont pas près de disparaître ou de devenir invisibles. Au-delà de les pratiquer, les habitants pourront toujours en retrouver des traces, des indices et des marqueurs, situés tout proches du cinéma ou plus loin dans la ville périurbaine et ses alentours, comme c’est le cas à Nozay et à Blain.

Pour citer ce document

Florie Colin et Ronan Keroullé, 2021 : « Déambulations autour des cinémas dans le périurbain nantais », in F. Madoré, J. Rivière, C. Batardy, S. Charrier, S. Loret, Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], eISSN : 2779-5772, mis à jour le : 11/03/2021, URL : https://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=582, DOI : https://doi.org/10.48649/asmn.582.

Autres planches in : La culture dans la ville

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Bibliographie

Chauvier E., La petite ville , Paris, Éditions Amsterdam, 2017.

De Certeau M., L’invention du quotidien . 1. Arts de faire, Paris, Éditions Gallimard, 1990.

Keroullé R., Cinémas de petites villes. Expressivité cinématographique contrastée dans les territoires périurbains nanto-nazairiens , rapport de stage-recherche, ENSA Nantes / UMR AAU CRENAU, 2020.

Perec G., Espèces d’espaces , Paris, Éditions Galilée, 1974.

Perec G., Tentative d’épuisement d’un lieu parisien , Paris, Christian Bourgois éditeur, 1982.

Index géographique

Florie Colin

Architecte DE et docteure en urbanisme et aménagement de l’espace, ATER à l’UBO (Institut de Géoarchitecture, laboratoire EA 7462 Géoarchitecture) et chercheure associée au Laboratoire Ambiances Architectures Urbanités (AAU)/Crenau UMR CNRS 1563

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Ronan Keroullé

Architecte, diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes

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Résumé

Aller au cinéma n’est pas une pratique culturelle qui se limite aux centres des métropoles, contrairement à ce que certains discours stéréotypés laissent parfois croire. Elle est également fréquente au cœur des petites villes françaises. Entre projets de multisalles ou mono-écrans, et cinémas situés dans un bourg ou une zone commerciale périphérique, les spatialités et les pratiques sont variées. Des déambulations ont permis de partir en quête de l’espace fabriqué par le cinéma dans le périurbain nantais.

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