Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

La dynamique démographique de l’aire urbaine nantaise (1/2). Une forte croissance dans la ville-centre mais un mouvement centrifuge affirmé

par François Madoré

planche publiée le 10 octobre 2022

Nantes fait partie des aires urbaines françaises les plus dynamiques démographiquement, témoin de la vigueur du processus de métropolisation qui profite tout particulièrement aux villes de l’ouest et du sud de l’Hexagone. Une déconcentration résidentielle s’est opérée au sein de l’aire urbaine nantaise, sous l’effet de la croissance de la population dans les communes de banlieue, puis de la couronne périurbaine. Contrairement à bien d’autres agglomérations, la ville-centre de Nantes gagne cependant plus d’habitants qu’elle n’en perd par les flux migratoires, en raison de la croissance régulière du nombre de logements construits.

Le dynamisme démographique nantais ou la vigueur du processus de métropolisation

1La population de l’aire urbaine de Nantes a augmenté des trois quarts en un demi-siècle, passant de 562 000 habitants en 1968 à 986 000 en 2018. Avec un taux d’évolution annuel de + 1,5 % par an entre 2011 et 2016, soit quatre fois celui de l’Hexagone et alors que la France est en tête de l’Union européenne pour la croissance démographique, elle compte parmi les cinq aires urbaines les plus dynamiques du pays, à égalité avec celles de Rennes, Bordeaux, Toulouse et Montpellier.

2À cette rapide progression de la population à Nantes, comme dans d’autres aires urbaines parmi les plus peuplées du territoire français, correspond une tendance à la concentration dans ces mêmes aires urbaines de l’emploi à haut niveau de qualification, lui-même en forte croissance. Le groupe socioprofessionnel des cadres et professions intellectuelles supérieures, qui occupe les emplois les plus qualifiés, est ainsi passé de 11 % des actifs à 19 % en France entre 1975 et 2015, mais cette progression est encore plus spectaculaire dans l’aire urbaine de Nantes (de 7 % à 20 %), symbole du passage de la ville fordiste à la phase post-fordiste.

3Cependant, les disparités de croissance démographique dans les aires urbaines françaises ne sont pas lisibles au seul prisme de leur taille (processus de métropolisation), mais dépendent aussi du contexte régional. Ainsi, les aires dynamiques sont presque toutes situées au sud-ouest d’une ligne Cherbourg-Lyon, dessinant un arc atlantique et méditerranéen. Illustration avec ces cinq aires urbaines françaises qui pointent au sommet de la hiérarchie pour l’augmentation de leur population, de Rennes à Montpellier en passant par Nantes.

Une vigoureuse croissance des périphéries

4Si les dynamiques démographiques nationales obéissent à une logique de concentration au profit des plus grandes aires urbaines, en particulier celles de l’ouest ou du sud, à l’échelle de ces dernières, un important processus de déconcentration est à l’œuvre depuis les années 1960, la banlieue et la couronne périurbaine ayant capté l’essentiel de l’augmentation démographique. Certes, la population de la ville-centre de Nantes, après avoir diminué, est en progression d’un tiers depuis 1982, mais celle des communes de banlieue et de la couronne périurbaine a plus que doublé depuis 1968 (figure 1). En conséquence, si quasiment la moitié de la population de l’aire urbaine résidait dans la ville-centre de Nantes en 1968, cette proportion ne s’élève plus qu’à un tiers en 2018 (figure 2). Dans le même temps, le poids démographique des communes de banlieues et de la couronne périurbaine est passé d’un quart chacun à un tiers.

Figure 1 - Une croissance de la population bien plus rapide dans les espaces périphériques de 1968 à 2018

Image

Figure 2 - La bascule du centre de gravité démographique vers les périphéries entre 1968 et 2018

Image

5Cette croissance démographique des espaces périphériques a d’abord profité aux communes de la banlieue nantaise, puis à partir de 1975, les communes périurbaines ont à leur tour engrangé des gains de population notables quoique inégaux d’une période à l’autre (figure 3). La contribution du solde migratoire à cette croissance de la population est généralement majoritaire, et ce sont pour l’essentiel les oscillations de cette composante migratoire qui expliquent les variations de population d’une période à l’autre, étant donné l’inertie bien plus forte du solde naturel.

Figure 3 - L’évolution de la population et du solde migratoire dans les différents espaces de l’aire urbaine de Nantes de 1968 à 2018

Image

Le regain démographique de la ville-centre

6Cette bascule du centre de gravité démographique vers les périphéries n’a toutefois pas été un processus continu au cours des cinquante dernières années. Elle s’est opérée pour l’essentiel entre 1968 et 1982, période au cours de laquelle la proportion d’habitants de la ville-centre au sein de l’aire urbaine perd dix points (de 46 % à 36 %), conséquence d’une évolution démographique négative, alors que dans le même temps les espaces périphériques enregistrent une forte croissance. Depuis 1982, le poids démographique de Nantes n’a que très peu reculé, du fait d’un net regain de population, avec une croissance culminant à + 1,4 % par an entre 2013 et 2018. Contrairement à beaucoup d’agglomérations, la ville-centre de Nantes gagne donc régulièrement de la population et est passée de 240 000 habitants en 1982 à 314 000 aujourd’hui. Cette croissance s’explique par l’arrêt des pertes migratoires depuis 1990, tant est si bien que la commune de Nantes a gagné bien plus d’habitants qu’elle n’en a perdu par les échanges migratoires au cours des trente dernières années.

7Ce regain démographique est l’une des conséquences du doublement du parc de résidences principales sur le territoire nantais depuis 1968, du fait de la conjonction de trois processus : urbanisation des marges périphériques les plus éloignées du cœur de ville, en particulier au nord (La Beaujoire, La Chantrerie et Saint-Joseph-de-Porterie) ou à l’est (Doulon) ; reconversion d’anciennes friches industrialo-portuaires notamment dans l’île de Nantes ; densification résidentielle de nombreux quartiers plus anciennement urbanisés.

Pour citer ce document

François Madoré, 2022 : « La dynamique démographique de l’aire urbaine nantaise (1/2). Une forte croissance dans la ville-centre mais un mouvement centrifuge affirmé », in F. Madoré, J. Rivière, C. Batardy, S. Charrier, S. Loret, Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], eISSN : 2779-5772, mis à jour le : 11/10/2022, URL : https://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=827, DOI : https://doi.org/10.48649/asmn.827.

Autres planches in : Souligner les clivages sociodémographiques

Carte : F. Madoré, J. Rivière, S. Charrier, 2023.

Les âges dans la ville. Quels clivages démographiques dans l’aire d’attraction nantaise ?

par François Madoré et Jean Rivière

Voirla planche intégrale 

https://flic.kr/p/e9m7PB - CC 2.0 By-Sa

La dynamique démographique de l’aire urbaine nantaise (2/2). Les oscillations de l’onde de croissance entre affirmation d’une banlieue et périurbanisation

par François Madoré

Voirla planche intégrale 

Image : Collectif à côté, 2022.

Les noms de rues à l’épreuve du genre. Des femmes (in)visibles (2/2)

par Collectif à coté

Voirla planche intégrale 

Dessin : Collectif à côté, 2022.

Les noms de rues à l’épreuve du genre. Une géographie politique de Nantes (1/2)

par Collectif à coté

Voirla planche intégrale 

carte : C. Batardy, S. Charrier - 2020.

Une onde de vieillissement forte dans les communes de banlieue

par François Madoré et Béatrice Chaudet

Voirla planche intégrale 

photo : C. Chauvet - 2020.

Les femmes et les hommes dans la ville : la parité au quotidien

par Julie Vallée

Voirla planche intégrale 

photo : F. Madore - 2020.

Les promoteurs privilégient les centres urbains pour construire les résidences seniors

par François Madoré et Béatrice Chaudet

Voirla planche intégrale 

carte : C. Batardy, S. Charrier - 2020.

Des familles monoparentales plus nombreuses et concentrées dans le logement social

par François Madoré

Voirla planche intégrale 

carte : C. Batardy, S. Charrier - 2020.

Le périurbain, l’espace des couples avec enfants

par François Madoré

Voirla planche intégrale 

photo : C. Chauvet - 2019

Des ménages de plus en plus petits et une hausse spectaculaire des personnes seules

par François Madoré

Voirla planche intégrale 

Bibliographie

Clanché F., « Trente ans de démographie des territoires. Le rôle structurant du bassin parisien et des très grandes aires urbaines », Insee Première, n° 1483, 2014. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280958

De Bellefon M.-P., Eusebio P., Forest J., Pégaz-Blanc O., Warnod R., « En France, neuf personnes sur dix vivent dans l’aire d’attraction d’une ville », Insee Focus, n° 211, 2020. https://www.insee.fr/fr/statistiques/4806694

Garat I., Pottier P., Guineberteau T., Jousseaume V., Madoré F., Nantes. De la belle endormie au nouvel Eden de l’Ouest, Paris, Anthropos, 2005.

Rivière J., Madoré F., Batardy C., Garat I., Raimbault N., « Les divisions socioprofessionnelles en mouvement d’une métropole attractive, Le cas de l’aire urbaine de Nantes (1975-2015) », Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Espace, Société, Territoire, document 975. DOI : 10.4000/cybergeo.36572

Vallès V., « Démographie des EPCI : la croissance se concentre dans et au plus près des métropoles », Insee Première, n° 1729, 2019. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3694585

Mots-clefs

Index géographique

Glossaire

François Madoré

Professeur de Géographie, Université de Nantes – IGARUN, UMR 6590 Espaces et Sociétés (ESO)

Toutes les planches de l'auteur

Les derniers dépôts dans HAL-SHS de François Madoré

b61e506522323e7aa281dd93808374da
François Madoré

Résumé

Nantes fait partie des aires urbaines françaises les plus dynamiques démographiquement, témoin de la vigueur du processus de métropolisation qui profite tout particulièrement aux villes de l’ouest et du sud de l’Hexagone. Une déconcentration résidentielle s’est opérée au sein de l’aire urbaine nantaise, sous l’effet de la croissance de la population dans les communes de banlieue, puis de la couronne périurbaine. Contrairement à bien d’autres agglomérations, la ville-centre de Nantes gagne cependant plus d’habitants qu’elle n’en perd par les flux migratoires, en raison de la croissance régulière du nombre de logements construits.

Statistiques de visites

Du au

* Visites : "Nombre de visites qui ont inclus cette page (planche) ou nombre de visites uniques. Si une page a été vue plusieurs fois durant la visite elle ne sera comptabilisée qu'une seule fois".
** Total : sur la période sélectionnée.
*** Hits : "Le nombre de fois que le site ou cette page a été visité(e)".