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Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

Des ménages de plus en plus petits et une hausse spectaculaire des personnes seules

par François Madoré

planche publiée le 17 décembre 2019

La taille des ménages a beaucoup diminué depuis les années 1975, dans l’aire urbaine de Nantes comme dans les autres métropoles. Cette évolution s’explique surtout par la progression spectaculaire des ménages de personnes seules, en raison des transformations des modes de vie contemporains (mise en couple plus tardive des jeunes générations, fragilisation de la vie en couple). De fait, le nombre de ménages à loger, donc de logements à construire, augmente bien plus vite que la population.

Une « seconde transition démographique » qui pèse sur le parc de logements

1La structure des ménages a été profondément bouleversée depuis les années 1970, comme en témoigne la diminution de la taille moyenne des ménages, passée de 3 à 2,2 personnes entre 1975 et 2016 dans l’aire urbaine de Nantes, la tendance nationale étant quasi identique. En conséquence, le nombre de ménages – donc de résidences principales pour les loger – a plus que doublé (+ 117 %), alors que la population de l’aire urbaine nantaise n’a augmenté que de moitié. Il faut ainsi bien plus de logements qu’il y a un demi-siècle, puisqu’il n’y a plus approximativement que deux personnes par résidence principale contre trois auparavant.

2Cette réduction de la taille moyenne des ménages est emblématique de l’évolution des modes de vie des pays développés et caractérise ce que les démographes dénomment la « seconde transition démographique ». Elle est la conséquence à la fois de la raréfaction des familles nombreuses, mais surtout de la forte progression des petits ménages, en particulier ceux composés d’une seule personne.

3L’évolution contraire des petits et grands ménages dans l’aire urbaine nantaise en dit long sur l’ampleur des transformations survenues ces dernières décennies, et n’est pas sans conséquences sur le parc de logements et l’aménagement des villes. En 1975, il y avait quasiment autant de grands ménages (au moins 5 personnes) que de personnes seules, avec respectivement 18 % et 20 %, alors qu’en 2016, ces ménages composés d’une seule personne sont six fois plus nombreux, avec respectivement 37 % et 6 % (figure 1). Si le nombre de ménage composé d’une seule personne a quasiment quadruplé, l’effectif des ménages de 5 personnes et plus a été divisé par trois.

Figure 1 - Très forte hausse des personnes seules, effondrement des grands ménage

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4Le taux de personnes seules en 2016 est très variable à l’échelle des différents territoires de l’aire urbaine de Nantes (figures 2 et 3). Il est particulièrement élevé dans le pôle urbain, avec 42 % des ménages contre 24 % seulement dans la couronne périurbaine, et atteint même le taux record de 52 % dans la ville-centre de Nantes. C’est donc une résidence principale sur deux qui est habitée par une seule personne. Ces variations sont liées à la taille des logements : quasiment la moitié des résidences principales de la ville-centre comptent moins de 60 m², contre à peine un dixième dans le périurbain. C’est notamment dans les quartiers les plus centraux que le taux de personnes seules culmine et elles y sont nettement majoritaires.

Figure 2 - Un taux de personnes seules élevé dans le pôle urbain, notamment à Nantes

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Figure 3 - Le taux de personnes seules culmine dans les quartiers centraux

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Mise en couple plus tardive, fragilisation des unions et vieillissement de la population

5Deux changements majeurs des modes de vie expliquent principalement cette hausse spectaculaire des personnes seules. Le premier est une mise en couple plus tardive au sein des jeunes générations. À l’échelle française (les données sont indisponibles en 1982 pour Nantes), la part des 20-24 ans vivant en couple a été quasiment divisée par deux entre 1982 et 1999 et depuis cette date elle reste globalement stable. Cette mise en couple moins fréquente et plus tardive des jeunes générations est liée à des facteurs complexes. Le départ du domicile familial n’est plus synonyme, comme c’était encore fréquent dans les années 1960 et 1970, de mise en couple. Par ailleurs, la poursuite de la scolarisation, mais aussi les difficultés d’insertion professionnelle, diminuent la probabilité de vivre en couple. Cette modification des modes de cohabitation chez les jeunes générations renvoie aussi à une volonté d’indépendance et de réussite sociale. Le deuxième changement de modes de vie est la plus grande fragilité des unions : en France, près d’un pacs hétérosexuel sur cinq est rompu au bout de six ans (18,9 %) et près d’un mariage sur sept (13,5 %). Cette précarisation de la vie de couple a ainsi favorisé la diminution de la proportion d’individus vivant en couple chez les 30-59 ans entre 1982 et 2006 (depuis la proportion est stable). 

6Enfin, le vieillissement de la population a également contribué, dans une moindre proportion, à la hausse des ménages d’une personne, car l’augmentation de la longévité se traduit par une forte progression de la probabilité de vivre seul lorsque l’on vieillit. Cette probabilité concerne beaucoup plus les femmes que les hommes, résultat du fort différentiel d’espérance de vie selon le sexe et, secondairement, de la différence d’âge entre les conjoints, les femmes vivant souvent avec des conjoints plus âgés qu’elles. Ainsi, dans la tranche d’âge des 65 ans et plus, dans l’aire urbaine de Nantes, 11 % des hommes vivent seuls en 2016, mais 38 % des femmes. Au final, le desserrement des ménages, couplé à la hausse spectaculaire des personnes seules et au dynamisme démographique de l’aire urbaine nantaise, démultiplie les besoins en logements et constitue un défi en termes d’aménagement urbain durable, tant ces dynamiques croisés forment un puissant facteur d’étalement urbain.

Pour citer ce document

François Madoré, 2019 : « Des ménages de plus en plus petits et une hausse spectaculaire des personnes seules », in Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], ISSN : en cours, mis à jour le : 16/12/2019, URL : http://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=271, DOI: en attente.

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Bibliographie

Adveev A. et al., « Populations et tendances démographiques des pays européens (1980-2010) », Population, vol. 66, n° 1, 2011, p. 9-133.

Daguet F., Niel X., « Vivre en couple. La proportion de jeunes en couple se stabilise », Insee Première, n° 1281, 2010.

Daguet F., « Des ménages toujours plus nombreux, toujours plus petits », Insee Première, n° 1663, 2017.

Galland O., « Une entrée de plus en plus tardive dans la vie adulte », Économie et Statistique, n° 283-284, 1995, p. 33-49.

Pison G., « La population de la France en 2007 », Population et Sociétés, n° 443, 2008.

Rault W., Régnier-Loilier A., « La première vie en couple : évolutions récentes », Population et Sociétés, n° 521, 2015.

Glossaire

Résumé

La taille des ménages a beaucoup diminué depuis les années 1975, dans l’aire urbaine de Nantes comme dans les autres métropoles. Cette évolution s’explique surtout par la progression spectaculaire des ménages de personnes seules, en raison des transformations des modes de vie contemporains (mise en couple plus tardive des jeunes générations, fragilisation de la vie en couple). De fait, le nombre de ménages à loger, donc de logements à construire, augmente bien plus vite que la population.

Annexes (1)