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Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

La multiplication des évènements de courses à pied, un véritable phénomène de société

par François Madoré et Stéphane Loret

planche publiée le 18 décembre 2019

La course à pied est en plein développement en France depuis quelques décennies, à l’image des tronçons nantais des bords de l’Erdre ou des autres cours d’eau qui traversent l’agglomération, dont les chemins sont largement appropriés par les runners le week-end. Cette pratique s’accompagne d’une multiplication des évènements sportifs dans de nombreux territoires, avec pas moins d’un quart des communes de l’aire urbaine de Nantes qui ont organisé une épreuve en 2017.

La course à pied, une pratique en plein essor

1C’est à partir de la décennie 1970 que la course à pied connaît, en France, mais pas seulement, un engouement croissant. Selon le baromètre du running 2016 de Sportlab (étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français), 12 millions de Français en seraient des adeptes réguliers, soit 25 % des 15-79 ans. Par comparaison, une enquête SOFRES estimait le nombre de pratiquants à 2,5 millions en 1980. Du fait de cette explosion du nombre de runners, la course à pied fait désormais partie des activités physiques les plus pratiquées dans notre pays. Si le running est devenu un phénomène de société, c’est qu’il relève d’une mise en scène de soi à géométrie variable, oscillant entre un registre compétitif, qui renvoie à l’esprit originel de la course à pied donc à l’essence même de la pratique sportive et athlétique, et un registre hédonique consistant à se faire plaisir, à bien se porter physiquement et mentalement tout en développant des formes de sociabilité et de convivialité.

2Cet essor du running s’est accompagné d’une multiplication des courses à pied hors stade. De cinq courses organisées en 1971 sur l’ensemble du territoire français, on passe à plus de 800 en 1981. Le mouvement s’est amplifié par la suite et en 2017, le magazine Jogging International en recense environ 5 000, soit une moyenne de 100 épreuves par semaine ! Environ cinq millions de Français ont ainsi participé à une course en 2016 selon le baromètre du running de Sportlab. Cette explosion du nombre d’épreuves s’explique à la fois par la croissance exponentielle de la pratique du running, mais également par une démultiplication de l’offre, qui s’accompagne parallèlement d’un processus de diversification, tant en termes de distance parcourue que de type de course proposée : course sur route, trail nature ou urbain, ultra-trail, courses à thème, etc.

Des courses surtout au printemps et en automne

3Une base de données a été constituée afin de recenser l’ensemble des courses à pied organisées en France au cours de l’année 2017. Elle a été créée en explorant différents sites Web ayant vocation à faire connaître l’offre de courses. Une extraction a été réalisée à l’échelle de l’aire urbaine de Nantes, où 58 événements ont été identifiés, soit environ un par semaine sachant qu’un événement peut correspondre à une seule course ou à plusieurs, en particulier lorsque les organisateurs proposent différentes distances. Dans la base de données, seul le nombre d’événements est connu de façon exhaustive, contrairement au nombre de courses et de concurrents classés, qui ne sont renseignés que pour 37 événements. Dans la majorité des cas, deux (14/37) ou trois (9/37) distances sont proposées.

4La moyenne d’un événement course à pied par semaine est en réalité trompeuse, étant donnée la double saisonnalité du phénomène constatée dans l’aire urbaine de Nantes (figure 1). 34 événements ont en effet lieu entre mars et juin, ce qui fait deux événements par week-end, puis un autre temps fort est observable de septembre à novembre. 50 épreuves sur 58 sont donc concentrées sur ces deux saisons intermédiaires, les plus propices d’un point de vue climatique à ce type d’activité. En revanche, au cours des mois les plus froids et des plus chauds qui correspondent aussi à la période des congés estivaux, très peu de courses sont organisées.

Figure 1 - La double saisonnalité des événements de course à pied dans l’aire urbaine de Nantes

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Source : Plard M., Guichet V., 2017, Running_Event_2017" (https://www.nakala.fr/page/data/11280/4a43ea4c)

Des courses partout sur le territoire

5Pas moins d’un quart des communes de l’aire urbaine de Nantes organisent au moins un événement courses à pied en 2017. Bien que les deux tiers de la population soient concentrés dans le pôle urbain, le nombre d’événements organisés est réparti à part égale entre le pôle et sa couronne périurbaine, avec respectivement 30 et 28. La densité relative d’événements est de fait deux fois plus forte dans le périurbain. La géographie des courses n’obéit donc aucunement à une logique de concentration, se caractérisant au contraire par sa large diffusion spatiale au profit d’un nombre significatif de communes (figure 2). Toutefois, la diversité d’événements est forte entre d’un côté des épreuves réunissant plusieurs milliers de concurrents, comme le marathon de Nantes (6ème de France par le nombre de classés en 2017) associé aux Foulées de l’éléphant, qui attirent environ 12 000 concurrents, et de l’autre des petites courses qui contribuent à l’animation d’une bourgade le temps de l’épreuve et qui réunissent moins de 500 coureurs. La diversité domine également en termes de types de courses proposées (sur route, nature, ludique, courses réservées aux femmes) et de distance. Mais au-delà de l’organisation ponctuelle d’une course, la multiplication du nombre de runners peut poser, à certains moments de la semaine ou de la journée, des conflits d’usage de l’espace entre runners, piétons ou cyclistes, notamment sur certains tronçons propices à la déambulation, comme les rives des nombreux cours d’eau qui sillonnent l’agglomération nantaise.

Figure 2 - Entre concentration et dispersion des événements de course à pied

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Source : Plard M., Guichet V., Running_Event_2017" (https://www.nakala.fr/page/data/11280/4a43ea4c)

Pour citer ce document

François Madoré et Stéphane Loret, 2019 : « La multiplication des évènements de courses à pied, un véritable phénomène de société », in Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], ISSN : en cours, mis à jour le : 18/12/2019, URL : http://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=278, DOI: en attente.

Bibliographie

Les données utilisées dans ce texte sont issues du programme de recherche CHALLENGE, financé par le RFI Tourisme et développé au sein du laboratoire ESO Nantes (UMR CNRS ESO), sous la responsabilité de M. Plard et avec la participation de V. Guichet, S. Loret, F. Madoré et S. Pickel-Chevalier.

Bessy O., Lapeyronie B., « Culture des loisirs et diffusion sociale du sport. L’exemple des marathoniens », Movement & Sport Sciences, n° 68, 2009, p. 83-95.

Blin É., « Sport et événement festif. La ville à l’heure des marathons et des semi-marathons », Annales de géographie, n° 685, 2012, p. 266-286.

Plard M., « La course sur sentier, pratique immersive de réalité appréciée, oasis de résonnance », Nature et Recréation, n° 7, 2019, p. 33-45. 

Scheerder J., Breedveld K., Borgers J. (dir.), Running across Europe. The Rise and Size of one of the largest Sport Markets, Basingstoke (UK), Palgrave Macmillan, 2015.

Waser A.-M., « Du stade à la ville : réinvention de la course à pied », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 79, 1998, p. 50-68.

Yonnet P., « Joggers et marathoniens. Demain, les survivants ? », Le Débat, n° 19, 1982, p. 77-95.

Glossaire

Résumé

La course à pied est en plein développement en France depuis quelques décennies, à l’image des tronçons nantais des bords de l’Erdre ou des autres cours d’eau qui traversent l’agglomération, dont les chemins sont largement appropriés par les runners le week-end. Cette pratique s’accompagne d’une multiplication des évènements sportifs dans de nombreux territoires, avec pas moins d’un quart des communes de l’aire urbaine de Nantes qui ont organisé une épreuve en 2017.

Annexes (1)