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Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

Quels clivages socioprofessionnels dans la métropole nantaise aujourd’hui ?

par Jean Rivière

planche publiée le 26 février 2020

Dans la France contemporaine, la question des inégalités sociales est au coeur du débat public, et elles sont souvent appréhendées au prisme de leur géographie. C’est particulièrement le cas au sein des mondes urbains, où la « ségrégation sociale » et les « divisions sociales de l’espace » sont étudiées à plusieurs échelles, parfois dans le temps, et avec des méthodes et des indicateurs différents. Cette planche propose ainsi un tableau des clivages socioprofessionnels qui structurent l’aire urbaine nantaise en 2016.

1Pour tenir compte de la manière dont le processus de périurbanisation participe à redistribuer les cartes de la géographie des groupes socioprofessionnels, l’analyse a été menée dans le périmètre de l’aire urbaine définie par l’INSEE et à l’échelle la plus fine possible (IRIS intra-urbains ou communes). C’est la nomenclature des catégories socioprofessionnelle qui a été utilisée, notamment pour faciliter les comparaisons avec d’autres travaux du champ des études urbaines (document annexe). La situation locale est d’abord replacée au regard de la structure nationale, puis une typologie est présentée pour résumer les contrastes socioprofessionnels contemporains de la métropole nantaise.

Un premier regard à plusieurs échelles

2La figure 1 permet de prendre la mesure du poids des groupes socioprofessionnels selon plusieurs périmètres géographiques concentriques autour de Nantes, tout en comparant leur part avec la moyenne française. Il en ressort que plus on s’approche du centre de la métropole, plus la part des actifs occupant un emploi de cadres ou de professions intellectuelles supérieures augmente (22% dans l’aire urbaine, 27% dans Nantes Métropole, 31% dans la ville de Nantes, contre 18% en France), tandis que la part des actifs ayant un emploi dans les groupes socioprofessionnels populaires diminue, en particulier pour les ouvriers (17% dans l’aire urbaine, 14% dans Nantes Métropole, 12% dans la ville de Nantes, contre 20% en France parmi les actifs occupés).

Figure 1 - Replacer les dynamiques locales dans une structure nationale

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3Cette première lecture, qui confirme le sens commun en matière de concentration des classes supérieures au coeur des grandes métropoles, doit toutefois être affinée par une approche plus fine. Pour cela, une analyse quantitative a permis de classer les quartiers et communes de l’aire urbaine en huit profils-types, qui donnent à voir les combinaisons entre les groupes socioprofessionnels (figure 2). Cette typologie confirme que les clivages socioprofessionnels s’organisent dans l’aire urbaine nantaise selon une double logique géographique, à la fois concentrique (opposition centre/périphéries) et sectorielle (opposition nord/sud-ouest).

Des classes moyennes et supérieures concentrées dans l’espace central et le secteur nord de l’agglomération

4Le profil « Sup » correspond aux concentrations extrêmes des classes supérieures (43% des actifs occupés cadres et professions intellectuelles supérieures) dans deux types d’espaces : d’une part les quartiers du centre ancien situés entre le Cens et la Chézine ; d’autre part les secteurs pavillonnaires riches des communes du nord de l’agglomération (Orvault, Sautron, ou la Chapelle et Sucé sur les bords de l’Erdre). Dans le prolongement géographique immédiat de ces secteurs les plus prisés ainsi qu’à Vertou ou Carquefou, le type « Moyen++ » renvoie également à des quartiers aisés, mais avec des concentrations moins marquées (un tiers de cadres et un tiers de professions intermédiaires parmi les actifs occupés). De la même manière, le groupe « Moyen+ » regroupe des unités géographiques de la première couronne sud de l’agglomération qui sont caractérisées par une structure socioprofessionnelle légèrement favorisée, seules les professions intermédiaires étant surreprésentées tandis que la part des cadres et des employés se situe dans la moyenne. Enfin, la classe « Moyen » est la plus mixte, avec une surreprésentation légère des petits indépendants. Elle rassemble des communes de la 2ème couronne périurbaine, avec une disposition en étoile le long des axes de communication vers Angers, Clisson ou La Roche/Yon.

Figure 2 - Un paysage socioprofessionnel marqué par un double clivage concentrique et sectoriel

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Des classes populaires surtout dans les mondes urbains périphériques

5Les quatre autres profils ont pour point commun une dominante de classes populaires parmi les actifs occupés, avec des combinaisons différentes. C’est la présence plus nombreuse qu’ailleurs des employés qui définit le type « Pop1 », observable au nord et nord-est de Nantes ou à Saint-Herblain. Localisé en 3ème couronne périurbaine, le groupe « Pop2 » correspond quant à lui à une structure socioprofessionnelle typique des mondes ruraux articulant présence des ouvriers et des petits indépendants, notamment des agriculteurs. En position de transition entre les classes « Moyen » et « Pop2 », une large 2ème couronne périurbaine est fondée sur la seule présence des classes populaires (« Pop3 »), en particulier des ouvriers. Enfin, la classe « TrèsPop » agrège deux types d’espaces très populaires (34% d’employés et 34% d’ouvriers) mais aussi très différents : d’un côté des communes situées aux marges de l’aire urbaine ; de l’autre les principaux quartiers populaires d’habitat social de Nantes, Saint-Herblain ou Rezé.

6Avec d’autres travaux académiques, cette analyse permet d’établir de forts contrastes dans le peuplement des types les plus tranchés (« Sup » et « TrèsPop »), mais aussi le fait que des situations de mixité sociale relative perdurent dans la plupart des quartiers et communes de l’aire urbaine. La ville-centre reste l’espace où la diversité socioprofessionnelle est la plus grande (sept des huit types établis y cohabitent), même si les profils populaires y sont désormais confinés aux marges de l’espace nantais sous l’effet des dynamiques d’embourgeoisement.

Pour citer ce document

Jean Rivière, 2020 : « Quels clivages socioprofessionnels dans la métropole nantaise aujourd’hui ? », in Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], ISSN : en cours, mis à jour le : 26/02/2020, URL : http://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=349, DOI: en attente.

Bibliographie

Berger M., Les Périurbains de Paris. De la ville dense à la métropole éclatée ?, Paris, CNRS Éditions, 2004.

Clerval A., Delage M., « La métropole parisienne : une mosaïque sociale de plus en plus différenciée », Métropolitiques, 2014, [en ligne] : https://www.metropolitiques.eu/La-metropole-parisienne-une.html

Madoré F., « Approche comparative de la ségrégation socio-spatiale dans les aires urbaines françaises », Annales de géographie, vol. 6, n° 706, 2015, p. 653-680. DOI : 10.3917/ag.706.0653

Madoré F., « Évolution de la ségrégation socio-spatiale en milieu urbain. Le cas de l'aire urbaine de Nantes », Annales de géographie, vol. 4, n° 692, 2013, p. 371-392. DOI : 10.3917/ag.692.0371

Préteceille e., La division sociale de l’espace francilien. Typologie socioprofessionnelle 1999 et transformations de l’espace résidentiel 1990‑99, Paris, OSC/FNSP/CNRS, 2003, [en ligne] : https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/130291/filename/DivSocParis1999Transfo.pdf

Vernicos S., « Les segmentations socio-professionnelles en 1999 », Bigoteau M., Garat I., Moreau G. (dir.), Les jeunes dans la ville. Atlas social de Nantes-Métropole, Rennes, PUR, 2009, p. 21-24. DOI : 10.4000/books.pur.34378

Index géographique

Glossaire

Simon Charrier

Simon Charrier est cartographe à l’Institut de Géographie et d’Aménagement Régional de l’Université de Nantes (IGARUN). Il conçoit et réalise des documents cartographiques et iconographiques dans le cadre de projets, d’ouvrages ou de publications scientifiques en collaboration avec les enseignants-chercheurs de l’IGARUN. Son rôle dans la réalisation de cet atlas est la valorisation cartographique et l’harmonisation graphique des contenus ainsi que la conversion au format XML-TEI pour la diffusion en ligne. Il est, par ailleurs, secrétaire d’édition de la revue de l’IGARUN  Les Cahiers Nantais.

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Résumé

Dans la France contemporaine, la question des inégalités sociales est au coeur du débat public, et elles sont souvent appréhendées au prisme de leur géographie. C’est particulièrement le cas au sein des mondes urbains, où la « ségrégation sociale » et les « divisions sociales de l’espace » sont étudiées à plusieurs échelles, parfois dans le temps, et avec des méthodes et des indicateurs différents. Cette planche propose ainsi un tableau des clivages socioprofessionnels qui structurent l’aire urbaine nantaise en 2016.