Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

Des configurations électorales en mouvement sous l’effet de la métropolisation (1974-2017)

par Jean Rivière

planche publiée le 18 mars 2022

Dans une étude pionnière de géographie électorale couvrant la période de l’après-guerre jusqu’au milieu des années 1970, D. Rapetti décrivait la « région nantaise » comme un espace charnière où voisinent à la fois des espaces industriels où la « conscience politique de gauche est très affirmée » et des mondes alors ruraux caractérisés par la « pérennité des forces "réactionnaires" ». Depuis cette époque, comment les processus d’urbanisation qui remodèlent le visage de Nantes-Métropole ont-ils transformé sa carte électorale ?

1Pour répondre à cette question sur la période 1974-2017, une base de données a été construite à l’échelle des bureaux de vote de Nantes-Métropole, grâce aux fonds de carte et résultats des scrutins anciens conservés aux archives départementales, et via un travail de reconstitution de la structure sociale de ces bureaux sur la base des recensements INSEE. Une analyse diachronique de ces données permet de distinguer neufs types de recompositions électorales et de les cartographier (figure 1).

Des beaux quartiers aux périphéries de la Métropole, les trajectoires des configurations électorales initialement marquées à droite

2Le premier ensemble est formé par des bureaux de vote qui sont rassemblés dans quatre types de trajectoires (D1 à D4). Ces bureaux sont caractérisés par des surreprésentations, d’ampleur variable (figure 2), des votes portés sur des candidats incarnant les droites dans les années 1970. Depuis, ces configurations électorales ont évolué de différentes manières.

3La domination des candidats de droite s’y est parfois renforcée, comme dans les bureaux D1 localisés dans les beaux quartiers de l’ouest nantais (Guist’hau, Monselet, Procé) et dans les zones pavillonnaires aisées à Sautron et Orvault. En périphérie immédiate de ces secteurs, la domination de la droite s’est au contraire progressivement effacée au profit de certaines composantes de la gauche (D2), notamment dans l’espace délimité par les boulevards de ceinture nantais de la fin du XIXème siècle(Gloriette-Feydeau, Decré-Cathédrale, Talensac à l’ouest ; Jardin des Plantes ou Saint-Donatien sur la rive gauche de l’Erdre). Dans d’autres cas enfin, l’intensité des surreprésentations n’a que peu changé, mais les profils électoraux traduisent des positionnements proches du centre droit de l’espace politique (D3) ou dont le centre de gravité se situe entre la droite et l’extrême droite (D4). Les bureaux du type D3 s’observent essentiellement dans l’espace nantais depuis les quartiers Saint-Félix, Petit-Port, Michelet, Jonelière jusqu’aux communes pavillonnaires aisées de La Chapelle-sur-Erdre ou d’Orvault. Ceux du profil D4, marqués par de légères surreprésentations de la droite et de l’extrême droite, dessinent une large couronne de la Métropole, au sud de la Loire (Le Pellerin, Brains, Bouaye, Les Sorinières, Vertou) et dans la partie orientale (Basse-Goulaine, Thouaré-sur-Loire, Mauves-sur-Loire) voire aux confins nord-est du territoire nantais (Saint-Joseph-de-Porterie).

Figure 1 - La mosaïque des trajectoires électorales dans l’espace de la Métropole (1974-2017)

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Des secteurs péricentraux gentrifiés au corridor industriel, les trajectoires des configurations électorales initialement orientées à gauche

4La seconde moitié du puzzle électoral de Nantes Métropole est composée de bureaux concernés par cinq autres types de trajectoires, qui décrivent des configurations ancrées dans la partie gauche de l’espace électoral, avec des niveaux d’abstention parfois élevés. Certaines d’entre elles (G1) voient cependant l’abstention se résorber et leur ancrage à gauche se renforcer, à l’image des bureaux de vote localisés sur l’île de Nantes et son pourtour. La vingtaine de bureaux qui basculent à l’inverse structurellement dans l’exit électoral au détriment des forces de gauche (G5) correspondent aux quartiers de grands ensembles d’habitat social construits dans les années 1955-70, sur le pourtour de la ville-centre, que ce soit à l’ouest (Bellevue en partie sur Saint-Herblain et Dervallières), au nord (Bout des Pavés, Chêne des Anglais), à l’est (Bottière, Pin sec), ainsi qu’à Rezé (Château).

5D’autres configurations électorales évoluent peu. Ainsi et dans des espaces charnières avec les quartiers de grands ensembles, les bureaux du profil G2 ne penchent que très légèrement à gauche. On les retrouve au sud de Nantes sur la rive gauche de la Loire, à l’ouest (Route de Vannes, Beauséjour) ou dans sa partie nord (Pont du Cens, Bourgeonnière) ainsi que le long de la ceinture orientale des boulevards nantais (Mairie de Doulon, Boulevard des Poilus). La classe G3 ne présente pas non plus un profil très tranché, si ce n’est des suffrages un peu plus fréquents qu’ailleurs pour la gauche et l’extrême droite. Ces bureaux sont situés à Saint-Herblain et dans la moitié sud de Rezé, ou entourent les quartiers populaires de grands ensembles au nord et au nord-est de Nantes. Enfin, au sein du corridor urbain constitué au cours de la seconde moitié du XIXème siècle dans la partie aval de la Loire (à Couëron, Indre), on observe des recompositions des préférences politiques en contexte populaire (G4), notamment marquées par l’hégémonie des différentes composantes des gauches mais aussi de montée (relative) de l’extrême droite.

Figure 2 - Le profil électoral des neuf types de trajectoires pour l’élection de 2017

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Lecture : Plus les cases sont grisées, plus un vote est surreprésenté dans cette configuration électorale. Par exemple l’abstention est beaucoup plus forte que la moyenne dans les bureaux du profil G, et un peu plus forte que la moyenne dans les bureaux du type G2

Source : Bureau des élections, Ministère de l’intérieur, 2017

6Au total et si certaines trajectoires témoignent de configurations électorales dont la spécificité s’accentue, d’autres ne reposent à l’inverse que sur des écarts à la moyenne de quelques points de pourcentage (figure 2). Ces configurations électorales en mouvement forment une mosaïque nuancée qui s’inscrit dans l’espace intra-urbain sous forme de gradients plus que de discontinuités, et épouse les trajectoires sociologiques des quartiers de la métropole, où des situations de mixité sociale relatives continuent de prévaloir.

Pour citer ce document

Jean Rivière, 2022 : « Des configurations électorales en mouvement sous l’effet de la métropolisation (1974-2017) », in F. Madoré, J. Rivière, C. Batardy, S. Charrier, S. Loret, Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], eISSN : 2779-5772, mis à jour le : 18/03/2022, URL : https://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=721, DOI : https://doi.org/10.48649/asmn.721.

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couv. : Archives Départementales de Loire Atlantique, 1977

La victoire de l’Union de la gauche aux élections municipales de Nantes en 1977 : la fin de la « Troisième force »

par Christophe Batardy

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Bibliographie

Batardy C., Rivière J., « Nantes, un bastion socialiste partagé entre les votes Macron et Mélenchon », Métropolitiques, 28 avril 2017. https://metropolitiques.eu/Nantes-un-bastion-socialiste.html

Rapetti D., Vote et société dans la région nantaise. Etude de géographie électorale (1945-1983), Paris, Editions du CNRS, 1985.

Rivière J., L’illusion du vote bobo. Configurations électorales et structures sociales dans les grandes villes françaises, Rennes, PUR, 2022.

Index géographique

Résumé

Dans une étude pionnière de géographie électorale couvrant la période de l’après-guerre jusqu’au milieu des années 1970, D. Rapetti décrivait la « région nantaise » comme un espace charnière où voisinent à la fois des espaces industriels où la « conscience politique de gauche est très affirmée » et des mondes alors ruraux caractérisés par la « pérennité des forces "réactionnaires" ». Depuis cette époque, comment les processus d’urbanisation qui remodèlent le visage de Nantes-Métropole ont-ils transformé sa carte électorale ?

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