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Atlas Social de la métropole nantaise

Au-delà de la ville attractive

La victoire de l’Union de la gauche aux élections municipales de Nantes en 1977 : la fin de la « Troisième force »

par Christophe Batardy

planche publiée le 19 décembre 2019

Document sonore

Interview d'Alain Chénard :

Entretiens réalisés par Christophe Batardy avec Alain Chénard le 18 décembre 2019 et le 3 janvier 2020.

L’ancien maire de Nantes (1977-1983) revient sur le programme municipal de l’Union de la gauche et ses réalisations (Tramway, stade de la Beaujoire). Il évoque notamment  le « péril jaune », nom donné dans les années 1950 à l’ancien tramway en raison des motrices jaunes et de sa dangerosité.

De 1965 à 1977, André Morice, radical, ancien ministre pro Algérie française gère la ville avec les socialistes dans le cadre d’une alliance appelée de « Troisième force » qui excluait alors une partie de la droite (les gaullistes) et les communistes. En 1977 les socialistes nantais s’allient au PCF sur une liste d’Union de la gauche et remportent la mairie.

1À l’issue des municipales de 1977, soixante villes de plus de 30 000 habitants sont conquises par l’Union de la gauche dont Nantes, la plus importante. La liste qui l’emporte est composée de socialistes, de communistes, de radicaux de gauche et d’un gaulliste de gauche. Elle est menée par le socialiste Alain Chénard, qui affronte au premier tour une liste centriste et une liste de droite, celle menée par le maire sortant André Morice. Un retour sur cette élection charnière dans l’histoire nantaise permet d’éclairer une partie du scrutin municipal de 2020.

2En 1977, la liste d’Union de la gauche arrive en tête au soir du premier tour avec 44 % des suffrages exprimés, avec seulement un point d’avance sur la liste de droite « Expansion et avenir de Nantes » (ELAN) menée par André Morice. L’analyse des résultats à l’échelle fine des bureaux de vote dessine une géographie électorale municipale contrastée (figure 1). Les bureaux qui ont très majoritairement voté à droite, avec des scores dépassant les 60 % des exprimés, sont ceux du centre autour de la Cathédrale et de l’église Saint Clément, et ceux compris entre le Cens et la Chézine, c’est-à-dire les « beaux quartiers ». A contrario, les bureaux de vote situés dans les grands ensembles Malakoff, Bellevue, les Dervallières et les quartiers périphériques populaires historiques (Doulon, Chantenay, La Beaujoire, Le Clos Torreau) ont voté majoritairement pour la liste d’Union de la gauche. Quant à la liste centriste « Démocratie vivante » menée par Philippe Sourdille, elle obtient 12 % des exprimés et ses meilleurs résultats dans les bureaux de vote centraux comme Saint-Felix, Cambronne ou la Caserne Mellinet, sans que son score ne lui permette de se maintenir au second tour.

Nantes : premier tour des élections municipales de 1977

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Une ville coupée en deux par les clivages sociopolitiques de l’époque

3La confrontation de ces résultats électoraux avec les données du recensement de la population de 1975 permet de dresser des électorats-types. Ainsi, les bureaux de vote ayant surtout voté à gauche sont essentiellement composés d’ouvriers, de couples avec de jeunes enfants, de nouveaux arrivants dans la commune, de locataires et d’habitants des ZUP (Zones à Urbaniser en Priorité). Celles-ci ne sont en effet pas édifiées dans les communes de banlieue comme en région parisienne, mais à Nantes même. La première ZUP est celle des Dervallières, édifiée entre 1956 et 1965, puis suivront celles du Breil-Malville et de Bellevue (à cheval sur Saint-Herblain) dans les années 1960 et enfin celle de Malakoff entre 1967 et 1971. Les bureaux de vote centraux ayant voté pour la liste conduite par André Morice sont composés d’électeurs plus âgés, de cadres ou de travailleurs indépendants, d’habitants très diplômés qui habitaient déjà à Nantes en 1968. La liste Sourdille de son côté réalise ses meilleurs scores dans les quartiers Cambronne ou Saint-Felix, composés essentiellement de cadres et de professions intermédiaires.

Un second tour nantais qui clôt un cycle politique national

4La veille du second tour, le centriste Philippe Sourdille continue à entretenir le flou sur ses intentions et ses colistiers sont divisés en termes de consignes de vote. Finalement, au soir du second tour (20 mars), c’est la liste d’Union de la gauche qui l’emporte avec seulement 531 voix d’avance. La géographie électorale est conforme au premier tour (figure 2). Si la mobilisation est plus élevée dans tous les quartiers, elle est encore plus importante dans ceux ayant majoritairement voté à droite au premier tour. On peut donc faire l’hypothèse que les nouveaux électeurs du second tour dans les beaux quartiers sont surtout des électeurs de gauche, qui assurent in fine la victoire de l’Union de la gauche.

Nantes : second tour des élections municipales de 1977

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5Le socialiste Alain Chénard devient maire de Nantes le 25 mars après la réunion du conseil municipal. Deux mois plus tard, le PS organise symboliquement son congrès à Nantes et les congressistes chantent à cette occasion le nouvel air du Parti, « Changer la vie » composé par Mikis Théorodakis. Lors de son allocution le dimanche, François Mitterrand, alors premier secrétaire du parti socialiste, remercie ceux qui ont eu le courage à Nantes de rompre l’alliance avec une partie de la droite, malgré l’opposition en interne de nombreux dirigeants de la Fédération socialiste de Loire Atlantique. Les élections municipales à Nantes, comme dans de nombreuses communes en France, ancrent dès lors le PS à gauche en mettant fin aux alliances appelées alors « Troisième force », associant depuis les débuts de la guerre froide une partie de la droite et les socialistes, par rejet des gaullistes et des communistes. En effet, si le socialiste Alain Chénard était conseiller municipal sur la liste d’André Morice lors des scrutins antérieurs de 1965 et 1971, une fois élu maire en 1977, il prend pour second adjoint le communiste Michel Moreau, en charge des Affaires Sociales. Une page se tourne qui aboutit nationalement à l’élection de François Mitterrand en 1981.

6Depuis 1977, mis à part la période 1983-1989 qui voit la droite reprendre brièvement la mairie, le PS dirige Nantes dans le cadre d’une Union de la gauche élargie aux Verts et à l’Union Démocratique Bretonne (UDB). En 2020, l’Union de la gauche n’est plus d’actualité et pourtant l’alliance est presque reconduite à l’identique de celle de 1977 autour de Johanna Rolland.

Pour citer ce document

Christophe Batardy, 2019 : « La victoire de l’Union de la gauche aux élections municipales de Nantes en 1977 : la fin de la « Troisième force » », in Atlas Social de la métropole nantaise [En ligne], ISSN : en cours, mis à jour le : 19/12/2019, URL : http://asmn.univ-nantes.fr/index.php?id=297, DOI: en attente.

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Bibliographie

Liaigre F., L’étrange ascension d’un maire de Nantes. André Morice, la Collaboration et la Résistance, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2002.

Guiffan J., « De la SFIO au PS en Loire-Atlantique : la disparition de la « Vieille Maison » (1958-2004) », C. Beaugeard (dir.), Un siècle de socialismes en Bretagne : De la SFIO au PS (1905-2005), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008

Index géographique

Résumé

De 1965 à 1977, André Morice, radical, ancien ministre pro Algérie française gère la ville avec les socialistes dans le cadre d’une alliance appelée de « Troisième force » qui excluait alors une partie de la droite (les gaullistes) et les communistes. En 1977 les socialistes nantais s’allient au PCF sur une liste d’Union de la gauche et remportent la mairie.